• Éduquer les futurs citoyens ?

    La « réforme » des lycées, ajournée par Darcos pour cause de protestations trop intenses, en particulier de la part des lycéens eux-mêmes, est ressortie en pareille ou pire par Chatel, « porte-parole du gouvernement », c’est-à-dire la voix de son gnomesque maître élyséen, et accessoirement faisant fonction de Ministre de l’Education Nationale. Cette réforme a bien évidemment pour finalité première des économies budgétaires, mais elle a aussi des finalités plus fondamentalement destructrices. Dans ce cadre, comme la mouture Darcos, la réforme Chatel s’attaque massivement à l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée.

    On pourrait s’étonner de la phobie du pouvoir face à des disciplines qui, dans le monde universitaire, fournissent les meilleurs zélotes de la mondialisation libérale à laquelle ce même pouvoir est tout entier voué. C’est méconnaître les enseignants du secondaire. Les professeurs des lycées et collèges ont certes de très gros défauts, mais ils ont aussi une très solide tradition d’indépendance d’esprit que leurs collègues de l’enseignement supérieur ont perdu de très longue date, trop occupés qu’ils sont à faire carrière pour ne pas pencher fortement vers toutes les mangeoires à leur portée. À part leurs privilèges, il y a belle lurette qu’ils ne défendent plus grand chose. Les profs de nos ados n’en sont pas encore réduits à cela, ne serait-ce que parce que personne ne songe à leur servir des soupes un peu plus grasses que leur ordinaire juste convenable.

    Du coup, si les sciences économiques et sociales peuvent être des outils pour penser la « modernité » socio-économique de façon un tant soit peu critique, c’est presque exclusivement entre les mains des professeurs de SES de lycée. On l’a bien vu en 2005 à l’occasion du référendum européen. Alors que la plupart des universitaires, même « de gauche », se sont joints à la quasi totalité de la caste médiatico-politique pour promouvoir le vote en faveur de l’Europe libérale, les professeurs de sciences économiques et sociales des lycées ont compté parmi les artisans les plus actifs du mouvement de réflexion citoyenne qui a abouti à la cuisante défaite des zélotes de la dictature financière mondialisée.

    Il est clair à mes yeux que les professeurs de sciences économiques et sociales et leur enseignement paient aujourd’hui la victoire du NON au référendum sur la constitution européenne. Il faut les défendre, par reconnaissance envers des acteurs majeurs de cette belle victoire politique, mais aussi pour défendre un des instruments clefs de la formation des citoyens éclairés que nous voulons pour demain.

    Signez et faites signer la pétition de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) :

    Appel pour une généralisation de l’enseignement
    de Sciences Economiques et Sociales au lycée


    Source : http://dcalin.fr/wordpress/?p=2009


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