• Grève du 24 novembre : c’est politique ?

    Après avoir rangé dans ses cartons la réforme Darcos du lycée qui, ajustement après ajustement, avait fini par perdre toute substance, voilà que le gouvernement tente à nouveau de nous la resservir. Et ce, dans une mouture très peu différente. Le rapport de force que la rue avait su instituer sera-t-il le même cette année ? On peut malheureusement en douter.

    Si l’on retrouve toujours la même énergie dans une jeunesse qui ne souhaite pas continuer dans un lycée et une université de plus en plus « allégés » et qui semble prête à faire valoir ses droits, quitte à se faire sévèrement bastonner comme ce fut le cas jeudi 19 novembre à Reims, le monde des adultes ne semble guère décidé à se mobiliser.

    Les Français n’aiment pas les fonctionnaires, s’en amusent, les jalousent d’autant que le chômage s’installe. Si vous tentez de faire signer une simple carte postale contre la privatisation programmée de La Poste, préparez-vous à des refus au motif qu’il n’est pas question de protéger ces « fainéants privilégiés » et que, « ce qui leur arrive, avec le temps qu’on perd à La Poste, c’est bien fait pour eux ! »

    Si vous tentez de montrer à des parents d’élèves que la diminution de postes d’enseignants signifie une baisse de la qualité de l’enseignement, très peu vous croiront et beaucoup penseront que votre discours n’est que corporatiste, la seule chose qui vous préoccupe étant de protéger vos collègues !

    Si vous réclamez plus de policiers et de gendarmes, tout le monde sourira... Merci ! Pour prendre plus de PV et de coups sur la tête, ça suffit comme ça ! (..)

    Voilà le degré d’incompréhension dans lequel nous sommes, voilà l’imaginaire collectif dans lequel nous nous enlisons. Les uns contre les autres. Fonctionnaires d’un côté et usagers de l’autre... Quand les citoyens se rendront compte qu’ils sont en danger dans leur quartier déserté par la police, qu’ils doivent payer plusieurs euros pour envoyer une simple lettre, qu’ils n’ont plus accès aux soins, qu’ils ne peuvent plus se défendre au tribunal, que leurs enfants sont mal enseignés, alors il sera trop tard.

    Et ce jour-là, certains diront : « Vous ne nous avez rien dit... Vous ne nous aviez pas alertés. Nos enfants allaient à l’école, ils avaient des enseignants en face d’eux, ils mangeaient à la cantine, réussissaient de mieux en mieux aux examens, comment se fait-il qu’ils sachent si mal écrire, qu’ils doivent redoubler leur seconde, qu’ils échouent à l’université ? Vous nous avez parlé chiffres, de centaines de milliers de fonctionnaires non remplacés, d’argent mal dépensé, de politique au profit des riches. Vous faisiez de la politique, pensions-nous. »

    Et si nous parlions vraiment politique mardi, dans la rue ?

    Juste avant qu’une certaine politique ne nous condamne irrémédiablement à regretter de ne pas avoir fait plus de politique, ensemble, quand il en était encore temps.

    Source : http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/77144-greve-du-24-novembre-est-politique.html


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